Dernières publications

Antoine Daratos, Paul Walter (éd.), Penser l’évolution Nietzsche, Bergson, Dewey, Paris , Vrin, 2020.

http://www.vrin.fr/book.php?code=9782711629282

Par-delà leurs différences, Nietzsche, Bergson et Dewey accordent une importance stratégique majeure à l’évolution du vivant. Très tôt, ils cherchent à exploiter l’ensemble des potentialités qui pourraient découler de la révolution darwinienne. Sans hésiter à intervenir et à prendre parti dans les débats biologiques de leur temps, ils s’appuient sur ceux-ci pour nourrir leurs propres entreprises philosophiques. L’évolution des espèces devient chez eux le moyen de repenser celle de la réalité dans son ensemble, d’initier de nouvelles relations aux sciences, de restaurer la force de proposition de la philosophie et de mettre celle-ci au service de l’action et de l’expérimentation. C’est cette double relation – dialogue avec le darwinisme et les sciences du vivant, usages philosophiques de l’évolution biologique – que les contributions qui forment cet ouvrage se proposent d’explorer.

 

Lambros Couloubaritsis, La violence Narrative. En quête d’une réforme constructive des rapports humains, Bruxelles, Ousia, 2019.

La présence massive de la violence sur notre planète n’a cessé d’interpeller les chercheurs, alors qu’aucune analyse rendant compte de toutes ses manifestations n’a été élaborée. Cette absence est due à l’idée que la violence concerne surtout le corps et la force physique pour dominer, tuer, détruire ou endommager, concrétisée par des actes qui provoquent des douleurs corporelles et des souffrances psychiques. Cette thèse fait rarement allusion à la violence narrative qui, d’une part, agit d’une façon performative dans les dialogues, par la menace, la colère ou l’incitation à la violence, et, d’autre part, raconte la violence par une variété de récits et d’images, impliquant des souffrances morales, lesquelles expriment les violences ou les causent. Or la narration fait également état de violences au moyen de la fiction, parfois sans aucun rapport au réel, conférant à la violence le statut d’un schème, — un modèle empirique utilisé de façon déréalisée et fonctionnelle —, créant un monde imaginaire, qui produit un nombre illimité de narrations. L’exposé, riche et varié, traverse presque tous les domaines de la parole vivante. Il illustre comment le schème de la violence régule la mythopoétique depuis le monde archaïque jusqu’au coeur de la littérature actuelle, enrichie par les moyens techniques qui contribuent au développement du septième art (cinéma), des arts suivants (photographie, télévision, bande dessinée, jeux vidéo, multimédias) et des réseaux sociaux, déroulant une mythotechnique fascinante, mais inquiétante à cause de la profusion de la violence narrative qui divertit des milliards d’êtres humains. L’auteur montre que si cette pratique pose depuis longtemps le problème de l’origine et de l’impact de la violence narrative dans la vie et les cultures humaines, notre civilisation a néanmoins réussi à quelques reprises à dépasser les violences physiques par de nouvelles cultures, comme les jeux panhelléniques et la démocratie antique, les Lumières, l’État de droit et le commerce à l’époque moderne, les droits de l’homme et le projet européen depuis la seconde guerre mondiale. L’auteur conclut, en prenant pour guide la question des souffrances qui y est impliquée, que notre contemporanéité, qui associe le monde technico-économique et les aspirations démocratiques, requiert une nouvelle culture. La proposition qu’il fait est de prendre la souffrance comme mesure des actions et de promouvoir l’esprit critique et l’émulation au détriment des rivalités intempestives, avec comme repère les émulations ludiques, éducatives et politiques qui avaient aidé à dépasser les violences, afin de réaliser une interculturalité et une vigilance environnementale, capables de réguler, en plus de la violence physique, les violences verbales et narratives.

 

Thomas Berns, La guerre des philosophes, Paris, PUF, 2019.

https://www.puf.com/content/La_guerre_des_philosophes

La guerre peut-elle être un objet de la philosophie ?Si la réalité guerrière obsède les philosophes, elle leur oppose néanmoins une résistance permanente. En parcourant les représentations de la guerre produites de Platon à Clausewitz, et en mettant à nu les stratégies constantes et les impensés qui les sous-tendent, on constate que le philosophe n’a cessé de manquer un enjeu guerrier qu’il ne peut toucher qu’en le neutralisant. Quelques figures à la fois persistantes et exclues de ces philosophies de la guerre – l’esclave, le pirate, le colonisé… – , de même que des pratiques philosophiques restées plus marginales – la pensée romaine, le matérialisme machiavélien, la déconstruction… –, permettent cependant de bousculer ce discours neutralisant et, ce faisant, de révéler une certaine compromission de la philosophie dans la guerre.

 

Sylvain Delcomminette, Aristote et la nécessité, Paris, Vrin, 2018.

http://vrin.fr/book.php?code=9782711627363&search_back=&editor_back=%25&page=1

Au sein de l’œuvre immense d’Aristote, le concept de nécessité joue un rôle central, mais il apparaît dans des contextes si différents et sous des formes si diverses qu’il est difficile d’en saisir l’unité. Il détermine tantôt une proposition ou un prédicat, un raisonnement ou sa conclusion, un principe ou l’objet même de la science, et tantôt un processus ou un devenir, un être ou l’un de ses aspects, ou encore une action. Logique, physique, métaphysique et même éthique, la nécessité peut être absolue, hypothétique ou contraignante; envisagée comme condition de la science, elle présente des connotations positives, mais au contraire négatives si l’on croit déceler en elle une menace de déterminisme. L’auteur ne se propose pas seulement de montrer qu’il existe néanmoins un lien étroit entre les multiples analyses de ce concept, son but est plus ambitieux. Car c’est la cohérence profonde de la pensée aristotélicienne dans son ensemble qui se dégage au long d’un parcours patient et rigoureusement argumenté, justifiant ainsi le choix du problème de la nécessité comme fil conducteur. Et la conclusion est assez étonnante : la philosophie d’Aristote se révélerait beaucoup moins empiriste qu’idéaliste en ce sens qu’elle fait de la pensée le principe ultime de la connaissance, de l’être et du bonheur.

 

Kant, Principes métaphysiques de la science de la nature. Suivis des premiers articles sur la physique de la terre et du ciel , présentation et traduction par Arnaud Pelletier, Paris, Vrin, 2017.

http://www.vrin.fr/book.php?code=9782711625444

Les sciences de la nature, qui étudient mathématiquement les différentes propriétés de la matière, ont-elles besoin de métaphysique? A Newton qui affirmait fameusement ne pas faire d’hypothèse, Kant répond un siècle plus tard que l’application des mathématiques aux phénomènes de la nature n’est possible qu’en présupposant un certain concept de matière. La tâche des Principes métaphysiques de la science de la nature (1786) est ainsi d’expliciter l’impensé de la physique en proposant « une décomposition complète du concept d’une matière en général ». Cette nouvelle traduction des Principes est accompagnée de la première traduction française des articles de jeunesse de Kant sur la physique de la Terre et du Ciel, où s’enracine son intérêt pour la question de la matière : Kant y avance « en tant que physicien » et y formule des découvertes parfois ignorées.

 

Didier Debaise, Nature as Event : The Lure of the Possible? Duke, Duke University Press, 2017.

https://www.dukeupress.edu/nature-as-event

We have entered a new era of nature. What remains of the frontiers of modern thought that divided the living from the inert, subjectivity from objectivity, the apparent from the real, value from fact, and the human from the nonhuman? Can the great oppositions that presided over the modern invention of nature still claim any cogency? In Nature as Event, Didier Debaise shows how new narratives and cosmologies are necessary to rearticulate that which until now had been separated. Following William James and Alfred North Whitehead, Debaise presents a pluralistic approach to nature. What would happen if we attributed subjectivity and potential to all beings, human and nonhuman? Why should we not consider aesthetics and affect as the fabric that binds all existence? And what if the senses of importance and value were no longer understood to be exclusively limited to the human?

 

Didier Debaise, A speculative Empiricism: Revisiting Whitehead , Edinburgh University Press, Edinburgh, 2017

https://edinburghuniversitypress.com/book-speculative-empiricism.html

Can experience be thought systematically without transforming the richness of the world as it is lived into reductive philosophical generalities? Can the method of empiricism ever be reconciled with a method of systematic cosmological speculation?
Didier Debaise’s reading of Whitehead shows clearly what a philosophy that makes this possible looks like, how it works and what is at stake. He focuses in on Whitehead’s attempt to construct a metaphysical system of everything in the universe that exists whilst simultaneously claiming that it can account for every element of our experience: everything enjoyed and perceived, willed or thought.

 

Arnaud Pelletier (ed.), Christian Wolff’s German Logic: Sources, Significance and reception , Hildesheim, Olms, 2017.

http://www.olms.de/search/Detail.aspx?pr=2009311

Published in 1713, Christian Wolff’s so-called German Logic is one of the most popular and most discussed books in eighteenth-century German philosophy. Generations of students have learned philosophy through this textbook, which played a central role in the invention of the so-called “Leibnizo-Wolffian philosophy”, and thus in the controversies that opposed Wolffians to anti-Wolffians in the first half of the century. This volume gathers studies addressing its context (particularly as regards the definition of philosophy, the notion of invention or the way in which the book shaped an enduring but ill-formed picture of Leibniz), its major developments (on experience, hypothesis or error) and some aspects of its (controversial) reception by Müller, Baumgarten and Kant. These studies show how Christian Wolff’s very first book-length philosophical publication, though largely ignored today, has actually shaped the lexicon and numerous issues of the philosophical German Enlightenment.

 

Guillaume Fagniez et Sylvain Camilleri (dir.), Dilthey et l'histoire, Paris, Vrin, 2016.

http://www.vrin.fr/book.php?code=9782711627189

Wilhelm Dilthey (1833-1911) est l’un des grands précurseurs de l’herméneutique et de la phénoménologie du XXesiècle. Mais il est aussi l’auteur d’une œuvre originale, qui se déploie tout entière à partir de la détermination de l’homme comme « être historique ». Son œuvre entend d’abord réaliser le programme d’une « critique de la raison historique » : réflexion sur les conditions du savoir historique, elle est en quête d’un fondement autonome des sciences de l’esprit. Elle tente également – et plus décisivement – de tirer toutes les conséquences de l’historicité de l’homme à l’horizon d’une « philosophie de la vie ». À égale distance d’un historicisme sceptique et d’une philosophie dogmatique de l’histoire, la pensée de Dilthey recherche une articulation originale des rapports entre histoire et philosophie. Au coeur de cette dernière se trouve une anthropologie historique dont les voies tant herméneutiques que critiques sont aujourd’hui à redécouvrir.

 

Olivier Malherbe et Sébastien Richard (eds.) Forme(s) et modes d'être. L'ontologie de Roman Ingarden, Peter Lang, 2016.

https://www.peterlang.com/view/title/51149?tab=aboutauthor&format=EPUB

Le présent ouvrage est un recueil d’articles de chercheurs internationaux sur l’apport à l’ontologie du phénoménologue polonais Roman Ingarden. Il contient des contributions sur des thèmes aussi divers que la dépendance existentielle, les catégories ontologiques, les modes d’être, la substance, la causalité, la forme, l’idéalisme ou encore l’ontologie des objets fictifs. Ce volume démontre que la pensée d’Ingarden ne se limite pas à la phénoménologie et à l’histoire de celle-ci, mais est susceptible d’apporter une contribution singulière à la recherche métaphysique contemporaine.


Thomas Berns et Antonella Del Prete (éditeurs), Giordano Bruno. Une philosophie des liens et de la relation, Editions de l’Université de Bruxelles, 2016

http://www.editions-universite-bruxelles.be/fiche/view/2764

L’œuvre de Giordano Bruno ne pourrait-elle se comprendre dans son intégralité comme la plus vaste tentative philosophique de penser à partir des relations ? L’anti-aristotélisme de Bruno le pousse en effet à échapper, autant que possible et de manière exceptionnelle, à l’antériorité ontologique de la substance sur la relation via une véritable philosophie du lien, au point que tout étant, du plus infime au plus vaste, ne se comprenne que par ce qui le lie.

Un de ses derniers écrits, le traité De vinculis, rédigé peu avant le long procès qui le mènera au bûcher, apparaît d’ailleurs comme une tentative unique d’aborder la réalité, de la manière la plus synthétique mais aussi la plus opératoire, à partir des liens qui la construisent et la font tenir.


Arnaud Pelletier (ed.), Leibniz's experimental philosophy, Stuttgart, Steiner Verlag, 2016.

https://elibrary.steiner-verlag.de/book/99.105010/9783515113083

The philosophy of Leibniz is often considered as an intellectualism. Speculation is said to take precedence over experience in it. Against this persistent misunderstanding, Leibniz holds that experience plays a constitutive role in all areas of knowledge, even in mathematics and even in metaphysics. For metaphysics itself shall rely on common experiences and empirical observations. In this sense, one can speak of a true experimental philosophy in Leibniz, which does not reduce itself to a mere explanation of natural phenomena through deduction and induction – which was the understanding of 'experimental philosophy' when Newton coined the term. On the contrary, Leibniz's experimental philosophy seeks to overcome the vacuity of the modest empiricists and the boldness of the so-called 'experimental philosophers'. Without being exhaustive, this volume brings together contributions on the various facets of this experimental philosophy – and on the various aspects of experience itself – from considerations in metaphysics and natural philosophy to Leibniz's project of an encyclopaedia of all knowledge.